Gilbert-Paul Aragonnès d'Orcet
est né à Clermont-Ferrand, le 13 novembre 1762, à neuf heures et demi
du matin, dans la paroisse Notre-Dame-du-Port, à l'Hôtel familial, rue
de la Ferreterie, autrement dite rue des Nobles (rue Pascal depuis
1820). Baptisé le même jour ; il est le septième fils
d'Antoine-Xavier-Durand d'Aragonnès de Laval, chevalier, baron d'Orcet,
seigneur de Durtol, capitaine de galère retiré en 1749 et de Magdeleine
Ribeyre, dame de Durtol.
Il poursuit des études de théologie à Paris, au grand séminaire Saint-Sulpice et à la Sorbonne.
La Révolution le surprend après son ordination, dans la pratique du saint ministère à la paroisse de Saint-Sulpice.
Il refuse de prêter serment à la Constitution civile du clergé et quitte Paris.
Il se réfugie en Auvergne, un moment au château de Durtol chez sa mère.
Il se cache ensuite avec son frère, chanoine de la cathédrale de
Clermont-Ferrand, non loin de là, dans une grotte. Sa cachette
découverte, il est arrêté le 12 septembre 1793. Enfermé au petit
séminaire transformé en prison, il est apidement condamné à la
déportation par le directoire du Département. Conduit à l'hôpital de
Bordeaux, le 22 février 1794, il y reste jusqu'à la décision, début
novembre 1794, de son embarquement pour les côtes d'Afrique à bord du
Dunkerque
amarré au port de Rochefort. Le vaisseau prend le large le 17 décembre
1794, mais il est contraint de revenir sur la côte par la tempête et les
canons ennemis. Le
Dunkerque est enfin placé, le 27 décembre,
dans le Port-des-Barques, à côté des vaisseaux d'embarquement de
Rochefort. Les conditions de détention y deviennent telles qu'une
épidémie et quelques péripéties imposent le débarquement des
prisonniers. L'abbé d'Orcet se voit ainsi libéré en avril 1795.
Au rétablissement du Culte, sous le I
er Empire, il est nommé curé de Durtol, hameau de Clermont-Ferrand, récemment érigé en paroisse, à son avantage.
À la fin du mois d'août 1821, Marie-Caroline Bourbon-Siciles, duchesse
de Berry entreprend un voyage pour se rendre aux bains du Mont-Dore.
Elle traverse Durtol. L'abbé d'Orcet se rend alors à sa rencontre avec
un petit groupe de paroissiens afin de lui rendre hommage. Touché par
l'attention, de retour à Paris, elle le recommande au grand aumônier. Il
devient ainsi, en 1823, chanoine de Clermont-Ferrand, une place à la
nomination du Roi se libérant. Dans le même temps, Mgr Dampierre, évêque
de Clermont-Ferrand, lui confère la qualité de grand-vicaire honoraire.
Nommé évêque de Langres, le 29 juillet 1823, il est préconisé le 17 novembre par le pape Léon XII.
Le 25 janvier 1824, il est sacré à Paris par Mgr de Quélen.
Il prête serment de fidélité au Roi, le 2 février 1824 et prend
possession du siège épiscopal de Langres, le 15 février suivant, par
l'abbé Petit, vicaire général.
L'entrée de Mgr d'Orcet à Langres a lieu le 28 mars 1824.

Ses armes : De sable, à la fasce d'or, accompagnée en chef de deux étoiles d'argent et en pointe d'un croissant du même.
Son sceau : ovale, de 43 mm. Les armes de l'évêque dans un
cartouche timbré d'une couronne ducale accostée d'une crosse et d'une
mitre ; en bas, deux branches de laurier entrecroisées.
Timbre : le chapeau épiscopal à quatre rang de houppes.
Légende : GILBERTUS PAULUS ARAGONNÈS D'ORCET EPISCOPUS LINGONENSIS.
Mgr d'Orcet s'occupe à la restauration du diocèse, dès son arrivée à Langres.
Il adresse une ordonnance en date du 24 avril 1824, aux prêtres du
diocèse de Langres ayant prêté serment à la constitution civile du
clergé afin de les enjoindre à formellement se rétracter.
Il établit le nouveau Chapitre de la cathédrale de Langres et l'installe, le 23 mai 1824, à côté du curé archiprêtre.
Mgr d'Orcet, malgré l'opposition de l'Université et de certains membres
influents de la bourgeoisie, impose les classes du petit séminaire, pour
les élèves ayant suivi les cours du collège de Langres. La séparation
du petit séminaire du Collège a lieu aux vacances de l'année 1824.
L'ancienne maison des Carmes est achetée et aménagée en petit séminaire
pour la rentrée 1825.
Il fait disparaître le schisme de la
Petite-Église des paroisse de Grenant et Saulles, dont les curés interdits se retirent.
Le 5 juillet 1828, le curé de Langres étant récemment décédé, il réunit la cure au Chapitre.
Le 9 septembre 1828, Marie-Thérèse-Charlotte de France, duchesse
d’Angoulême, fille de Louis XVI et de Marie-Antoinette, allant rejoindre
Charles X à Strasbourg, est de passage à Langres. Le lendemain, 10
septembre 1828, elle assiste à la messe célébrée par Mgr d'Orcet, dans
la cathédrale Saint-Mammès.
Lors de la publication des ordonnances de 1828, chassant les Jésuites de
l'enseignement et limitant le nombre d'élèves des petits séminaires,
Mgr d'Orcet proteste auprès du roi au nom des libertés de l'Église.
À la suite de la mission qui a lieu du 8 novembre 1828 au 4 janvier
1829, une croix est installée sur la place de la cathédrale de Langres.
Des manifestations hostiles s'ensuivent en 1830 et le préfet de la
Haute-Marne donne l'ordre de l'enlever.
En 1830, avec la révolution de Juillet, Mgr d'Orcet voit disparaître la
compagnie des prêres auxiliaires, dont la communauté était fixée à
Saints-Geosmes
depuis 1820 et dont le but est de pourvoir aux nécessités pressantes de
certaines paroisses en suppléant les curés trop âgés ou infirmes et de
donner des retraites et des mission. La
compagnie des Prêtres du Sacré-Coeur, éducative et missionnaire, qu'il avait approuvé en 1829 disparaît dans le même temps.
Mgr d'Orcet refuse son adhésion au projet d'opposition au Gouvernement de
l'Avenir.
Dans son mandement pour le Carême de l'année 1830, il annonce
l'établissement à Langres d'un nouvel établissement religieux de femmes,
qui porte le nom de
Fidèles Compagnes de Jésus, ou il se fera tous les ans, six retraites de huit jours chacune.
En 1830, Mgr d'Orcet est avisé de la conduite schismatique du curé de la
double paroisse de Roches et Bettaincourt, se disant prêtre d'une église
française dont le pape est le ci-devant abbé Châtel. L'évêque de Langres
rempli de mansuétude, comme à son habitude, le prévient du risque
d'interdit. En vain. Il frappe alors le prêtre d'interdit, lui offrant
une possible réhabilitation, à la suite d'un repentir sincère. L'affaire
s'éternisa. Elle durant plus de dix ans. Les autorités civiles s'en
émurent. En 1841, le soi-disant prêtre est arrêté et présenté devant les
tribunaux de Wassy et de Chaumont.
L`'évêque de Langres accueille Louis-Philippe, roi des Français lors de son passage à Langres en 1831.
Dans une lettre du 20 juillet 1831, il écrit :
Dans l'obligation où
j'étais d'adresser quelques paroles à Sa Majesté Louis-Philippe, je n'ai
pas été sans embarras ; je m'en suis tiré comme j'ai pu. Ce n'est point
moi qui ai fait insérer cette pièce dans les journaux. Il y a apparence
qu'après que le Roi a pris mon papier d'entre ses mains, comme il l'a
fait à tous ceux qui l'ont harangué, on a tout mis dans le «Moniteur.»
Je ne sais quelle conjoncture faire sur notre avenir. La ville de
Langres est fort tranquille ; je pense qu'il n'y aura pas de désordres."
(Lettre à l'abbé François-Noël Perret, vicaire-général et archidiacre de Saint-Flour,
Revue de la Haute-Auvergne, 1962).

Mgr d'Orcet est à l'origine d'un bréviaire qui sera généralement utilisé dans le
diocèse de Langres, jusqu'à la fin de l'année 1839 où Mgr Parisis, dans
son mandement du 15 octobre 1839, prescrit le rétablissement de la
liturgie romaine dans le diocèse de Langres à partir de 1840 :
«Les prêtres qui ont jusqu'ici récité le Bréviaire de Mgr
d'Orcet pourront satisfaire à l'obligation de l'office en continuant de
le réciter : cependant, il serait mieux que tous usassent du Bréviaire
Romain, et nous les exhortons à le faire.» (in Baudot (J.), Le Bréviaire romain).
Il échoue ici, malgré ses importants succès, à réaliser
l'unité liturgique dans son diocèse, ne faisant qu'ajouter la liturgie
parisienne aux cinq autres en usage dans les paroisses du Diocèse.
Les tracasseries d'une partie de l'administration mise en place par le
gouvernement de Juillet semblent achever de miner la santé affaiblie de
Mgr d'Orcet
(Bresson, Les prêtres de la Haute-Marne déportés sous la Convention et le Directoire).
Le 9 juin 1832, jour de la Pentecôte, il est frappé d’apoplexie au milieu de la messe pontificale.
La mort le trouve quelques jours après à cinq heures du matin, le 20 juin 1832 à Langres, dans la maison curiale.
Le corps de Mgr Orcet est inhumé au cimetière de Langres, près de la
grande croix. Il sera transféré en 1854 dans le caveau construit pour la
sépulture des chanoines ; avant d'être déposé en 1895 dans le caveau
des évêques dans la cathédrale Saint-Mammès de
Langres, où son coeur repose tout près, dans la chapelle de la
Sainte-Vierge, près de la statue de saint Paul son patron.
(Bresson, op. cit.)
Bibliographie :
Pièces politiques relatives à la mort de Louis XVIII, à l'avènement et
au sacre de Charles X, et à l'expédition d'Alger. Documents
administratif relatif aux Fabriques, presbytères, correspondances,
retraites, visites pastorales, jubilés, quêtes, etc. ; mandements de
Carême de 1823 à 1832.
Breviarium lingonense, Laurent Bournot, imprimeur de l'évêché, Langres, 1830.
Sources :
Le Courrier de l'Europe, journal des franchises provinciales, 2
e année, n° 176, dimanche 24 juin 1832, p. 4.
L'Espérance : Courrier de Nancy, mardi 12 janvier 1841, p. 2.
DAGUIN (Arthur),
Les évêques de Langres. Étude épigraphique, sigillographique et héraldique, Mémoires de la Société historique et archéologique de Langres, Tome III, Langres, Paris, 1877.
MARSEILLE (Stanislas, de),
Notice sur la vie, les vertus et les
oeuvres de la servante de Dieu Marie-Madeleine-Victoire de Bengy,
vicomtesse de Bonnault d'Houet, fondatrice de la Société des Fidèles
Compagnes de Jésus, Paris, 1895, p. 150.
FÈVRE (J., Mgr),
Biographie contemporaine des évêques de Langres, Paris, 1903, pp. 58-69.
SAINT-SAUD (Aymard, de),
Armorial des prélats français du XIXe siècle, H. Daragon, Libraire-Éditeur, Paris, 1906, p. 101.
L'épiscopat français depuis le Concordat jusqu'à la Séparation (1802-1905), Société bibliographique, Librairie des Saints-Pères, Paris, 1907, p. 280.
BAUDOT (Jules),
Le bréviaire romain : ses origines, son histoire, Librairie Bloud & Cie, Paris, 1907, p. 159.
L'Hôtel du Breuil de Saint-Germain à langres, Mémoires de la Société historique et archéologique de Langres, tome IV, n° 8, Langres, 1
er janvier 1925, p. 251.
CEDAN (Pascal),
Orcet à la veille de la Révolution et la famille de Georges Couthon, Annales historiques de la Révolution française, 55
e année, n° 252, avril-juin 1983, p. 232 & ss.
Notes et documents. Les correspondances de l'abbé Perret. Lettres de divers évêques et religieux, Revue de la Haute-Auvergne, 1
er avril 1962, p. 76.
BRESSON (A., abbé),
Les prêtres de la Haute-Marne déportés sous la Convention et le Directoire,
Chapitre XIV. Prêtres déportés à Bordeaux et à Nantes, I. Arragonnès
d'Orcet (Mgr Gilbert-Paul), Imprimerie champenoise, Langres, 1913,
p. 79 & ss.